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Premier jour du procès historique de Sylvia Bongo et de Nourredin Bongo Valentin : ce qu’il fallait retenir

Le lundi 10 novembre 2025, la Cour criminelle spécialisée de Libreville s’est ouverte pour juger, en contumace, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin. Le décor était planté : les anciens piliers du régime Bongo sont désormais au centre d’un procès historique, accusés d’avoir détourné des milliards issus des caisses publiques.

Ils sont soupçonnés d’avoir profité du vide d’autorité créé après l’AVC de l’ancien président Ali Bongo en 2018 pour consolider un véritable empire financier parallèle. Selon les enquêteurs, mère et fils auraient manipulé signatures, comptes et institutions pour orienter les ressources de l’État vers un réseau privé d’entreprises et de sociétés écrans.

Témoignages et faits accablants

Dès les premières heures du procès, les témoignages ont dessiné les contours d’un système méthodique. Les sociétés Capella et Equarius, créées par Sylvia Bongo au nom de son fils mineur, auraient généré plus d’un milliard de francs CFA chacune par an, sans la moindre activité réelle. Ces structures auraient perçu des dividendes directement liés à leur participation au capital de la BGFI, première banque du pays.

Un ancien proche du couple a également affirmé que Sylvia et Noureddin détenaient une trentaine de sociétés fictives, servant à détourner et blanchir les fonds publics. À cela s’ajoute la révélation que quarante employés de la résidence privée de Noureddin Bongo étaient rémunérés par le Trésor public, comme s’ils appartenaient à la fonction publique.

Plus grave encore, un témoin a relaté avoir vu Sylvia Bongo parapher des documents officiels en utilisant le cachet du président Ali Bongo Ondimba. Ce témoignage, s’il se confirme, ancrerait le dossier dans le champ du faux et usage de faux, voire de l’usurpation de fonction présidentielle.

Les preuves financières en question

Les enquêteurs ont saisi des bordereaux de versement prouvant des transactions pour un montant global de 48 milliards de francs CFA entre le Trésor public et les entreprises appartenant à Noureddin Bongo. À cela s’ajoute un réseau d’une trentaine de sociétés enregistrées par le cabinet juridique de Sylvia Bongo, et plus de 25 sociétés immobilières contrôlant 33 titres fonciers à travers le pays.

L’ancienne cheffe de cabinet de Sylvia Bongo, Mme Ndong, a aussi révélé que l’immeuble annexe de la Cour constitutionnelle appartenait à la famille Bongo, confirmant l’emprise du clan sur les biens publics. Le capital du complexe scolaire « Ruban Vert » est quant à lui passé mystérieusement de 500 millions à 8 milliards de francs CFA, sans explication comptable.

Enfin, les audiences ont également révélé que la Fondation Sylvia Bongo aurait bénéficié, via la Gabon Oil Company, de subventions de 100 à 200 millions CFA par an pour la campagne Octobre Rose, sans justification claire de l’usage des fonds.

Le message d’un procès exemplaire

Cette première journée de procès a mis en lumière un système de pouvoir fondé sur la confusion entre patrimoine public et intérêts privés. Elle a aussi exposé les mécanismes d’une dérive familiale où la Première dame et son fils géraient le pays comme un patrimoine personnel.

Le ministère public a insisté sur la gravité des faits : détournement de fonds publics, blanchiment, faux et usage de faux, enrichissement illicite. Le procureur a rappelé que l’ampleur des montants détournés, la sophistication du dispositif et la compromission d’institutions entières font de cette affaire un tournant pour la justice gabonaise.

Un tournant politique et moral

Pour beaucoup, cette audience n’est pas seulement un procès judiciaire : c’est un acte de rupture avec un demi-siècle d’impunité. Le Gabon, qui cherche à tourner la page du système Bongo, expose enfin les abus d’un pouvoir jadis intouchable. Les jours à venir s’annoncent décisifs pour savoir si la justice ira au bout de cette volonté de transparence et de restitution.

En attendant, une chose est claire : les masques tombent peu à peu, et les témoignages s’accumulent contre Sylvia Bongo et son fils Noureddin Bongo Valentin, accusés d’avoir confondu fortune personnelle et argent de l’État.

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