À l’Assemblée nationale, la formation des élus semble désormais faire partie des réflexes institutionnels. Du 10 au 12 décembre 2025, les députés de la XIVe législature ont participé à un séminaire d’immersion et de renforcement des capacités consacré notamment aux procédures parlementaires, au contrôle de l’action gouvernementale, aux finances publiques et à l’éthique du mandat.
Une démarche logique : on ne peut demander à un élu d’exercer correctement son mandat s’il ne maîtrise pas précisément ses prérogatives, ses obligations et les procédures qui encadrent son action.
Mais cette logique devrait également s’appliquer aux conseillers municipaux et départementaux, au regard des dérives qui sont de plus en plus dénoncées.
Le constat, sur le terrain, est parfois préoccupant. Certains élus prennent insuffisamment connaissance des dossiers soumis au conseil. D’autres réclament des indemnités ou avantages sans toujours vérifier leur fondement juridique, et en veulent au Président du conseil s’ils n’entrent pas dans ce qu’ils estiment être leur dû. Certains encore interviennent directement auprès des services municipaux, donnent des instructions ou se comportent comme s’ils exerçaient des fonctions exécutives. Or, le conseiller municipal n’est pas le supérieur hiérarchique d’un agent municipal, comme le député n’est pas celui d’un membre du gouvernement.
D’autant que, la loi organique n°001/2014 relative à la décentralisation distingue clairement le conseil, organe délibérant, du bureau, chargé de l’exécutif local. Les maires et leurs adjoints, comme les présidents et vice-présidents des conseils départementaux, sont élus au sein du conseil et exercent des fonctions spécifiques.
La méconnaissance de cette séparation peut produire des situations pour le moins étonnantes : un conseiller départemental qui se présente au bureau du président pour exiger directement un rapport administratif, un conseiller municipal qui interpelle les agents d’un service et leur demande des comptes comme s’il était leur supérieur hiérarchique, ou encore un élu qui prétend parler officiellement au nom de la mairie sans y avoir été mandaté. Tous ces exemples, parmi tant d’autres, se sont malheureusement déroulé dans notre pays.
Les réseaux sociaux ajoutent une nouvelle difficulté. Un conseiller a évidemment le droit de critiquer l’action de l’exécutif. Mais publier régulièrement des vidéos pour dénoncer la gestion municipale, commenter des dossiers internes ou interpeller directement les services peut rapidement brouiller la frontière entre contrôle démocratique, communication politique et fonctionnement institutionnel. On ne peut pas être élu et activiste.
Le problème n’est donc pas la critique. C’est la méconnaissance du cadre dans lequel cette critique doit s’exercer.
Former avant de sanctionner
Une formation obligatoire au début de chaque mandat permettrait de réduire une partie de ces incompréhensions.
Elle pourrait porter sur le fonctionnement d’un conseil, la préparation et l’examen des délibérations, le budget local, les compétences du maire et du président du conseil départemental, les règles relatives aux indemnités, le contrôle de l’exécutif, les marchés publics, la déontologie et la communication sur les réseaux sociaux.
Le besoin est d’autant plus évident que les conseils locaux se réunissent pour examiner et adopter des documents essentiels à la gestion des collectivités. La législation prévoit notamment l’examen des comptes administratifs et de gestion par les conseils.
Former les élus ne signifie donc pas leur apprendre à soutenir l’exécutif. Il s’agit au contraire de leur donner les outils nécessaires pour mieux le contrôler, poser les bonnes questions et défendre efficacement les intérêts de leurs électeurs.
Dans un Gabon qui veut accélérer la décentralisation, la question mérite finalement d’être posée : si les députés bénéficient d’un accompagnement institutionnel pour comprendre leur mandat, quand les conseillers municipaux et départementaux bénéficieront-ils du même dispositif ?
Car une décentralisation efficace ne repose pas uniquement sur les textes et les budgets. Elle repose aussi sur des élus qui connaissent précisément ce qu’ils peuvent faire, ce qu’ils doivent faire et, surtout, ce qu’ils ne peuvent pas faire.












