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Port-Gentil : derrière les « avatars », la bataille contre les réformes de la mairie ?

Depuis plusieurs semaines, le maire de Port-Gentil, Pascal Houangni Ambouroue, fait l’objet d’une campagne d’attaques répétées sur les réseaux sociaux. Articles à charge, accusations personnelles et publications anonymes se multiplient, portées notamment par des comptes opérant sous des noms comme « Victor Yanoukovic », « Arme Fatale » ou encore « James Arthur », et autres noms aussi saugrenus qu’inventifs pour cacher des personnes investies d’une mission inavouée contre les ambitions de l’exécutif municipal.

Communément appelés « avatars » au Gabon, ces comptes anonymes sont soupçonnés, dans certains milieux port-gentillais, de dissimuler des adversaires politiques locaux ou des agents municipaux directement concernés par les réformes engagées par le nouvel exécutif. Une hypothèse qui reste à établir, mais qui interroge au regard de la concomitance entre ces campagnes et les mesures de redressement engagées à la mairie.

Une remise à plat qui dérange

Depuis son installation, Pascal Houangni Ambouroue a entrepris une réorganisation profonde de l’administration municipale. L’audit des ressources humaines a notamment révélé que 507 agents sur 954 disposaient de dossiers administratifs incomplets ou dépourvus de pièces essentielles. La masse salariale absorbe par ailleurs une part considérable du budget communal.

L’objectif affiché est désormais de remettre de l’ordre dans l’organisation, les effectifs et les rémunérations. L’organigramme doit notamment être revu afin que les postes de responsabilité soient attribués davantage sur la base des qualifications, de l’expérience, des compétences et du professionnalisme.

Une telle réforme ne peut évidemment pas être sans conséquences. Elle risque notamment de remettre en cause certaines positions acquises par des cadres dont les nominations ou les progressions auraient davantage relevé des réseaux et arrangements que de critères professionnels.

La question sensible des rémunérations

Autre chantier particulièrement délicat : l’application de la grille salariale réglementaire et la vérification de la cohérence entre les fonctions réellement exercées et les rémunérations perçues.

Dans une administration où une part importante des revenus est constituée de primes et indemnités, la régularisation des situations pourrait nécessairement entraîner des baisses de revenus pour certains agents.

C’est précisément ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, les résistances observées autour de l’Hôtel de Ville.

Car pour certains bénéficiaires de l’ancien système, la réforme ne représente pas seulement une réorganisation administrative. Elle pourrait signifier la fin d’avantages acquis dans des conditions parfois contestables.

Quand la critique devient attaque personnelle

Critiquer le maire est évidemment légitime. Les Port-Gentillais ont le droit de questionner sa gestion, ses résultats et ses choix.

Mais plusieurs publications diffusées récemment semblent s’éloigner du débat sur la gestion municipale pour s’attaquer directement à la personne du maire : son parcours politique, ses supposées origines béninoises du fait de son défunt père, son caractère présenté comme « tyrannique » ou encore son prétendu alignement sur le pouvoir d’Oligui Nguema (kounabéliste).

Des « arguments » qui interrogent d’autant plus que Pascal Houangni Ambouroue n’est évidemment pas le seul responsable public gabonais à avoir travaillé sous les précédentes autorités. Une grande partie de la classe politique et administrative du pays, et même de la ville de Port-gentil a, à un moment ou un autre, collaboré avec l’ancien pouvoir.

Une bataille contre le statu quo ?

À Port-Gentil, certains estiment que les anciennes pratiques de gestion et les réseaux qui les entretenaient sont aujourd’hui directement menacés par la dynamique impulsée par le maire.

D’où l’hypothèse, avancée par certains observateurs locaux, d’une stratégie visant à mobiliser des jeunes, créer des comptes anonymes et multiplier les publications hostiles afin de fragiliser l’exécutif municipal. Ces « attaques » passeraient également par des ralentissements volontaires dans l’assainissement de la ville, et dans les travaux de la Commission administrative paritaire, chargée de réorganiser l’institution.

Ces accusations doivent toutefois être considérées avec prudence tant que l’identité des administrateurs de ces comptes et leur éventuelle coordination ne sont pas établies.

Une chose est néanmoins certaine : les réformes engagées touchent des intérêts et des habitudes profondément installés.

Le débat doit porter sur les résultats

L’audit des ressources humaines, la réorganisation de l’organigramme, la rationalisation des effectifs, la régularisation des rémunérations, le renforcement du contrôle interne ou encore les opérations d’assainissement constituent autant de chantiers qui modifient le fonctionnement de la mairie.

Ces réformes peuvent naturellement être contestées. Mais elles doivent l’être sur le terrain des faits.

Si la gestion du maire est réellement mauvaise, ses détracteurs disposent de suffisamment de matière pour le démontrer : dépenses, recettes, investissements, effectifs, marchés publics, réalisations et résultats.

Le débat démocratique gagnerait donc à sortir de la logique des « avatars », des insinuations et des attaques personnelles.

À Port-Gentil, la véritable question devrait être de savoir si les réformes engagées permettent ou non de rendre la mairie plus efficace, plus transparente et plus professionnelle. Et c’est sur ce terrain, plutôt que derrière des pseudonymes, que le débat devrait avoir lieu.