Adoptée le 26 février 2026, l’ordonnance n°0011/PR/2026 fait débat. Voici, simplement et clairement, ce qu’elle dit, ce qu’elle change et pourquoi elle a été adoptée.
1 . Cette loi censure-t-elle les réseaux sociaux ?
Non. Cette ordonnance ne supprime ni ne censure quoi que ce soit. Elle fixe des règles pour que l’espace numérique soit plus sûr pour tous — exactement comme le Code de la route encadre la circulation sans interdire de conduire.
Diffamer un citoyen, usurper l’identité d’une personnalité publique, fabriquer de fausses vidéos pour nuire à quelqu’un : ce ne sont pas des libertés. Ce sont des actes qui causent des préjudices réels. La loi permet désormais de les sanctionner. La liberté d’expression, elle, reste entière.
En un mot : Des règles, pas une interdiction. Un cadre, pas une censure.
2 – Pourquoi faut-il s’identifier pour utiliser les réseaux sociaux ?
Chaque Gabonais s’identifie pour ouvrir un compte bancaire, obtenir une carte SIM ou créer une entreprise. L’espace numérique ne peut pas être le seul espace sans responsabilité.
L’anonymat total sur les réseaux est aujourd’hui le principal bouclier des escrocs, des harceleurs et de ceux qui diffusent de fausses informations. En rendant les utilisateurs identifiables, la loi dissuade ces comportements et protège les victimes. Ce n’est pas une surveillance : c’est de la responsabilité citoyenne, appliquée au numérique.
L’enjeu : Lutter contre les escroqueries et le cyberharcèlement qui prospèrent sous couvert d’anonymat.
3 – Les administrateurs de groupes WhatsApp sont-ils vraiment responsables de tout ce qui s’y dit ?
Un directeur de journal est responsable des articles publiés dans son titre. De la même façon, un administrateur qui laisse circuler des appels à la violence ou de fausses informations sans réagir engage sa responsabilité. C’est le bon sens juridique, appliqué aux groupes en ligne.
Cela ne signifie pas qu’il doit lire chaque message à la seconde. Cela signifie qu’il ne peut pas rester passif face à des contenus manifestement illicites. Modérer un groupe, c’est aussi un acte citoyen.
4 – Qu’est-ce que la loi change pour les enfants ?
C’est l’une des avancées les plus concrètes de ce texte. Aucun parent gabonais n’accepte que son enfant de 12 ans soit exposé, sans garde-fou, à des contenus pornographiques, à du cyberharcèlement ou à des vidéos truquées conçues pour manipuler.
L’ordonnance fixe la majorité numérique à 16 ans — en cohérence avec la norme européenne — et oblige les plateformes à mettre en place des protections effectives pour les mineurs. Elle interdit également les deepfakes non consentis (fausses vidéos générées par intelligence artificielle) et impose que tout contenu produit par une IA soit clairement identifié comme tel. Le Gabon devient ainsi l’un des premiers pays d’Afrique centrale à encadrer légalement ces technologies.
5 – Le Gabon est-il le seul pays à adopter ce type de réglementation ?
Loin de là. La France, l’Union européenne, le Royaume-Uni et Singapour ont tous adopté des législations similaires pour encadrer les plateformes numériques. L’Europe a notamment mis en place le règlement sur les services numériques (DSA), le règlement sur la protection des données (RGPD) et l’AI Act — des textes auxquels cette ordonnance s’inspire directement.
Le Gabon ne subit pas la révolution numérique : il choisit de la gouverner. Se doter de règles claires pour l’espace numérique, c’est un acte de souveraineté que les nations les plus avancées exercent depuis des années. Le Gabon prend aujourd’hui sa place dans ce concert des nations qui refusent de laisser les plateformes étrangères opérer sans aucune contrainte sur leur territoire.












