Le constat est brutal et sans détour. Près de la moitié des agents de la mairie de Port-Gentil ne disposent d’aucun dossier administratif au sein de l’institution, alors même qu’ils sont rémunérés chaque mois sur fonds publics. Le chiffre exact est désormais connu : 507 agents, totalement invisibles dans les archives administratives de la commune, mais bien réels sur la ligne des dépenses salariales.
Un audit interne voulu par le nouveau maire
Cette situation n’a rien d’un hasard. Elle est le résultat direct d’un audit interne engagé par le nouveau maire, Pascal Houangni Ambouroue, dès sa prise de fonction, avec une volonté affichée de mettre à nu la réalité administrative, financière et humaine de la mairie. Les premiers résultats sont sans équivoque et dessinent le portrait d’une administration profondément désorganisée, où la règle a longtemps cédé la place à l’approximation.
Des agents sans dossiers… mais aux salaires hors normes
Au-delà de l’absence totale de dossiers administratifs, l’audit met en évidence une autre anomalie majeure : une large partie de ces agents perçoit des salaires non réglementaires, très au-dessus du cadre normatif prévu par les textes. Autrement dit, des agents sans existence administrative formelle coûtent, pour beaucoup, bien plus cher que ce que la réglementation autorise, contribuant à une dérive structurelle des finances communales.
Les chiffres globaux confirment l’ampleur du déséquilibre. Près de 90 % du budget de la municipalité est aujourd’hui absorbé par la masse salariale, laissant une marge quasi inexistante pour l’investissement, l’entretien urbain, les services de proximité ou les projets structurants. Une mairie financièrement asphyxiée, prisonnière de charges de personnel devenues hors de contrôle.
Les bons de caisse, un révélateur de l’absentéisme
Certains signaux d’alerte avaient pourtant déjà émergé. Dès le mois de décembre dernier, le maire avait pris la décision de placer les agents sous bon de caisse, mettant fin aux procurations. Une mesure impopulaire, largement boudée, mais dont l’objectif était clair : lutter contre l’absentéisme chronique et reprendre la main sur une gestion devenue opaque. Le résultat a été édifiant. Plus de 20 % des bons de caisse n’ont jamais été retirés, révélant l’existence d’agents payés… mais absents, voire introuvables.
Cette mesure transitoire, loin d’être une simple contrainte administrative, a servi de révélateur. Elle a mis en lumière un système où la présence effective au poste de travail n’allait plus de soi, et où le lien entre rémunération, service rendu et responsabilité s’était progressivement dissous.
Aujourd’hui, la note officielle annonce la convocation des 507 agents concernés devant la Commission Administrative et Paritaire. Une étape décisive, même si le paradoxe demeure : comment analyser des dossiers qui n’existent pas ? La démarche marque toutefois un tournant, celui d’une volonté affichée de rompre avec des pratiques héritées et de rétablir un minimum de rigueur administrative.
À Port-Gentil, l’audit n’a pas seulement mis au jour des chiffres. Il a exposé un système de gestion à bout de souffle, dont le coût est directement supporté par le contribuable. La question n’est désormais plus de savoir s’il y avait un problème, mais jusqu’où il s’étend… et si les réformes engagées iront jusqu’au bout.












