L’ancien ministre du Tourisme Pascal Ogowé Siffon a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, aux côtés d’une dizaine de ses anciens collaborateurs, dans une enquête pour détournement de deniers publics évalué à plus de 10 milliards de francs CFA. Les investigations, appuyées par l’analyse des relevés bancaires, font apparaître des mouvements financiers opaques impliquant des membres de son entourage et réduisent considérablement l’espace au doute sur la matérialité des faits.
L’ancien ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Pascal Ogowé Siffon, a été incarcéré à la prison centrale de Libreville le 25 décembre 2025 après plus de vingt heures d’audition par la justice gabonaise. Il est poursuivi pour des faits de détournement de fonds publics, de violation du code des marchés et d’irrégularités financières portant sur des sommes évaluées à plus de 10 milliards de francs CFA allouées au développement du secteur touristique sous sa tutelle.
L’arrestation de Siffon remonte à la soirée du 16 décembre, quelques heures après sa démission du gouvernement — exigée par la Constitution en raison de son élection au Sénat —, lorsqu’il a été interpellé par la Direction générale de la contre-ingérence et de la sécurité (B2). Cette interpellation, survenue alors qu’il tentait de quitter Libreville, avait déjà été suivie d’une assignation à résidence surveillée et d’une interdiction de quitter le territoire, compte tenu du sérieux des soupçons qui pèsent sur lui.
Ce qui distingue cette affaire est notamment l’analyse croisée des relevés bancaires du ministère du Tourisme, tenus à la BGFIBank Gabon et à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Les enquêteurs ont mis au jour des flux répétitifs de décaissements en espèces et par chèques sans justification comptable conforme, via deux canaux bancaires distincts, rendant difficile l’examen des circuits mais montrant une absence de traçabilité claire des opérations. Les mouvements documentés sur ces comptes totalisent plus de 10 milliards de FCFA sur la période observée, ce qui laisse peu de place au doute quant à l’ampleur des irrégularités.
Les investigations ont également révélé que plusieurs proches collaborateurs et membres de son entourage figuraient de manière récurrente parmi les bénéficiaires des décaissements. Parmi eux, figurent notamment le directeur de cabinet, Christian Johnson Ogoula, le conseiller financier Charles Joseph Igoho, ainsi que d’autres membres du cabinet qui ont, comme Siffon, été placés sous mandat de dépôt en même temps que lui. La justice s’intéresse particulièrement à l’utilisation d’espèces et au recours à des paiements en dehors des circuits bancaires classiques, ce qui complique davantage le contrôle interne.
L’incarcération de Pascal Ogowé Siffon et de ses collaborateurs intervient à un moment où la lutte contre la corruption et l’impunité est au centre des préoccupations au Gabon, notamment après des procès retentissants impliquant des personnalités de haut rang pour des faits de détournement et de blanchiment.
Si le dossier n’a pas encore abouti à une condamnation définitive, le mandat de dépôt et la nature des éléments révélés jusqu’ici montrent que la justice gabonaise traite ce dossier comme une affaire complexe et structurée. La suite des audiences et les décisions de la chambre criminelle spécialisée seront observées de près, tant au plan judiciaire que politique.
Dans une République qui cherche à renforcer la transparence et la redevabilité de ses dirigeants, cette affaire représente un moment crucial pour démontrer que personne n’est au-dessus de la loi et que les ressources publiques sont soumises à un contrôle rigoureux.












