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Procès des Travaux Publics : 4 ans de prison ferme requis contre l’ex-ministre Bounda

Le Palais de justice de Libreville a été le théâtre, ce vendredi 19 décembre 2025, d’une audience sous haute tension. L’ancien patron des Travaux Publics, M. Léon Armel Bounda Balonzi, et le directeur de la société ZEN BTP ont dû s’expliquer sur des accusations de blanchiment de capitaux, d’association de malfaiteurs et de violation des procédures de passation des marchés publics. Au centre des débats : la construction du marché de Potos à Franceville.

L’audience, très attendue, a levé le voile sur des pratiques administratives jugées douteuses par le Ministère public. Dès l’ouverture des débats, le juge a confronté l’ex-ministre à une décision controversée : l’attribution du marché de construction du marché de Potos à l’entreprise ZEN BTP pour un montant de 3 milliards de FCFA, au détriment de la société SOCOBA, pourtant reconnue par l’État, qui proposait une offre nettement inférieure de 900 millions de FCFA.

L’ombre de l’influence politique

À la barre, M. Bounda a justifié ce choix par « l’expérience et la capacité » de ZEN BTP, bien que le tribunal ait rappelé que cette entreprise ne figurait pas dans les fichiers officiels de l’État, contrairement à sa concurrente.

L’interrogatoire a rapidement pris une tournure politique lorsque le nom de Ian Ngolou, alors conseiller à la présidence, a été évoqué. Le procès-verbal d’enquête préliminaire, lu par le juge, a révélé que l’ex-ministre avait agi sur instruction de ce dernier. Plus accablant encore, M. Bounda aurait déclaré se sentir « redevable » envers M. Ngolou pour sa nomination au gouvernement. Une influence que l’accusé a tenté de minimiser en parlant de simple « suggestion » de consultation.

Violations procédurales et train de vie

Sur le plan technique, les irrégularités se sont accumulées. L’accusé a admis que ZEN BTP ne remplissait pas formellement les critères d’acquisition et que le marché avait été octroyé sans la caution bancaire exigée par les articles 210 et 213 du Code des marchés publics. M. Moussavou Abdel, Directeur Général de ZEN BTP, a d’ailleurs reconnu à la barre avoir perçu 2,4 milliards de FCFA sans fournir cette garantie financière, confirmant lui aussi avoir été recommandé par Ian Ngolou.

Le volet financier a également été scruté. Interrogé sur l’acquisition de sa résidence à Fougamou, l’ex-ministre a soutenu que ses revenus (un salaire trimestriel de 45 millions de FCFA perçu pendant 33 mois) et des aides familiales justifiaient son patrimoine. Une explication qui n’a pas semblé convaincre l’accusation, soupçonnant un blanchiment de capitaux.

Le couperet du Ministère Public

Au terme des débats, l’Agence Judiciaire de l’État a réclamé la condamnation des prévenus et le remboursement de près de 2,6 milliards de FCFA.

Le Ministère Public s’est montré particulièrement sévère dans ses réquisitions :

  • 4 ans d’emprisonnement ferme ;

  • Une amende de 110 millions de FCFA ;

  • La confiscation des biens de l’ex-ministre.

La défense, quant à elle, a plaidé l’incompétence du Tribunal correctionnel spécialisé et l’irrecevabilité de la plainte, arguant que les travaux ont été réalisés à 97 %. Les avocats de M. Bounda ont également brandi la déclaration de biens de leur client et rejeté la responsabilité financière sur le Trésor Public (TPG).

Le sort des accusés est désormais entre les mains des juges. Le délibéré a été renvoyé au 9 janvier 2026.