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Nourredin Bongo : Tous ses amis sont milliardaires et ont volé, sauf lui ?

Alors que ses proches collaborateurs écopent de lourdes condamnations pour des détournements estimés à plus de 4 000 milliards de FCFA, Nourreddin Bongo Valentin, ancien coordonnateur général des affaires présidentielles, tente de se redessiner en victime persécutée. Une posture qui contraste avec son influence réelle, assimilée par de nombreux hauts responsables à celle d’un « chef de l’État bis ».

Les condamnations s’enchaînent autour de Nourreddin Bongo. Ses plus fidèles lieutenants tombent l’un après l’autre. Ian Ghislain Ngoulou, son bras droit, a été condamné à 15 ans de prison et doit rembourser 1,2 milliard FCFA. Abdul Oceni Ossa : 15 ans, et 6,4 milliards à restituer. Mohamed Ali Saliou : 5,2 milliards exigés. Cyriaque Mvourandjami : plus de deux ans derrière les barreaux. En tout, la justice gabonaise estime que le système mis en place par le duo Sylvia-Nourreddin a permis le détournement de plus de 4 000 milliards de FCFA en quelques années.

Pourtant, au milieu de ce naufrage collectif, une voix continue de clamer son innocence : celle de Nourreddin lui-même. Depuis Londres, il déroule un récit bien rôdé : celui de l’homme trahi par son pays, humilié, torturé, dépouillé, victime d’une « mascarade ». Depuis l’étranger, il construit une histoire où il n’aurait jamais rien su, jamais rien vu, jamais rien ordonné. Et surtout : où tous ses amis sont devenus milliardaires… sauf lui.

Mais ce discours s’effrite dès qu’on rappelle son rôle. En tant que Coordonnateur général des affaires présidentielles, Nourreddin Bongo détenait un pouvoir sans équivalent dans l’histoire politique gabonaise récente. Placé au-dessus des ministres, omniprésent dans les circuits de décision, il supervisait dossiers, budgets, nominations, contrats et arbitrages. Plusieurs témoins de l’époque le décrivent comme un véritable « chef de l’État bis », capable d’imposer ou de bloquer des décisions majeures.

Dans ce contexte, difficile de croire qu’il ignorait tout des circuits financiers occultes mis au jour depuis août 2023. Ses collaborateurs les plus proches paient aujourd’hui le prix des détournements qu’ils ont commis sous son autorité directe. Et lui, désormais réfugié à Londres, s’emploie à construire sa contre-narration.

Car à la source de cette stratégie, il y a une volonté plus sombre : la vengeance.
Selon plusieurs sources concordantes, Nourreddin n’a jamais digéré la façon dont il a été arrêté, déchu et exposé. Dans son récit personnel, le pouvoir qui a renversé son père l’aurait humilié, torturé, privé de tout. De là serait née une obsession : se réhabiliter coûte que coûte et frapper Oligui Nguema, l’homme qui fut chef de la garde présidentielle et que la famille Bongo croyait loyal.

C’est ainsi que s’esquisse une véritable campagne de propagande internationale. Nourreddin et sa mère multiplient les relais, les messages privés, les dossiers envoyés aux chancelleries, les vidéos, les récits dramatisés. Une offensive méthodique qui vise à retourner l’opinion internationale, à déstabiliser le pouvoir actuel et à présenter le clan Bongo comme les véritables persécutés de la transition gabonaise.

Le calcul est clair : si la vengeance politique est impossible au Gabon, elle se fera sur le terrain médiatique, dans les capitales occidentales et auprès des ONG internationales. Les Bongo veulent reprendre la main, non par les urnes, mais par l’opinion.

Pendant ce temps, au Gabon, une certitude demeure : avant la chute d’Ali Bongo, personne n’a autant concentré le pouvoir, les réseaux, l’argent public et l’influence que Nourreddin Bongo Valentin. Et aujourd’hui encore, malgré ses discours, les faits s’accumulent en silence.

Le contraste entre son récit et la réalité judiciaire est trop grand pour ne pas interpeller. Tous ses proches sont tombés pour avoir volé — et lui serait le seul à n’avoir jamais rien fait ? Le pays, désormais, en doute clairement.

Pendant qu’il propage une narration de persécution, ses anciens collaborateurs sont déjà condamnés ou en attente de jugement. Cette dynamique renforce l’impression d’un double standard : pour eux, justice ferme ; pour lui, un exil diplomatiquement protégé.

Le fossé entre le récit de Nourreddin et les faits calibrés par la justice gabonaise est de plus en plus visible – et il n’épargne plus rien. Un homme influent, parfois perçu comme l’ombre du pouvoir, revendique maintenant un statut de martyr. Mais dans un pays en quête de redressement, les Gabonais attendent autre chose : des comptes.