À Port-Gentil, l’élection du nouveau maire central, Pascal Houangni, semblait avoir été un moment d’unité rare dans la vie politique locale. Tous les conseillers municipaux présents, y compris ceux des autres partis politiques et les indépendants, avaient voté à mains levées sans qu’aucune voix discordante ne se manifeste. Parmi eux, Jean-Philippe Douckagha, conseiller UDB, avait validé sans réserve la procédure et son résultat. Pourtant, à peine quelques jours plus tard, c’est ce même conseiller qui saisit le gouverneur pour demander purement et simplement l’annulation du scrutin, au motif que la méthode de vote ne respecterait pas les textes.
L’argument juridique existe. Les textes recommandent un vote à bulletin secret pour ce type d’élection. Mais une question centrale demeure : pourquoi Jean-Philippe Douckagha, qui connaissait forcément ces règles, ne l’a-t-il jamais exprimé le jour de l’élection ? Pourquoi avoir voté lui-même, sans objection, sans réserve, sans la moindre demande de clarification ? Pourquoi valider d’abord pour contester ensuite ? Ces questions trouvent leur pertinence dans le fait qu’en politique, aucune manoeuvre de cette nature n’est anodine.
Cette volte-face nourrit les interrogations. La contestation aurait pu paraître crédible si elle avait été soulevée immédiatement, au moment même où la procédure était visible de tous. Au lieu de cela, Douckagha a attendu que les jeux soient faits pour dénoncer une irrégularité qu’il a lui-même entérinée. Dès lors, difficile de ne pas voir dans cette démarche tardive une manœuvre plus politique que juridique.
Dans les rangs de l’UDB, la surprise est encore plus grande. Le parti du président Oligui, qui détient l’écrasante majorité au conseil municipal, a porté l’équipe conduite par Pascal Houangni. En contestant aujourd’hui un vote auquel il a participé, Douckagha s’érige en dissident interne. Pour certains cadres, cela frôle l’indiscipline politique. S’opposer publiquement, après coup, à la décision collective du parti apparaît comme une prise de distance assumée, voire comme un acte destiné à fragiliser la dynamique municipale à peine installée.
Ce n’est pas la première fois que le nom de Jean-Philippe Douckagha se retrouve associé à la polémique dans la capitale économique. Quelques mois plus tôt, il avait déjà été, selon certains, l’un des acteurs centraux d’un conflit communautaire particulièrement sensible entre Mèriès-Mètiès et Myènès, un épisode suffisamment grave pour nécessiter l’intervention du patron politique de la province, Régis Onanga Ndiaye, alors ministre des Affaires étrangères. Là encore, son rôle avait été décrit par plusieurs observateurs comme problématique, contribuant à envenimer une situation déjà explosive.
Dès lors, difficile pour certains analystes de ne pas relier sa contestation actuelle à des motivations personnelles. Plusieurs sources avancent que sa démarche serait en réalité liée au fait qu’il n’a pas été retenu dans la nouvelle équipe municipale. Une frustration transformée en action politique ? La question mérite d’être posée. D’autant que sa plainte ne remet pas seulement en cause la légalité du scrutin, elle introduit un doute sur la stabilité même du conseil municipal fraîchement élu.
L’un des conseiller municipaux nous confie : « Même si cette démarche aboutit et qu’on devait reprendre le vote, l’équipe votée sera à nouveau validée, et il le sait. Il veut se faire remarquer mais la méthode est mal choisie ».
Dans un contexte où la cinquième république tente de restaurer des pratiques politiques plus rigoureuses, l’attitude de Douckagha interroge. S’agit-il réellement d’un sursaut légaliste tardif ou d’un acte de déstabilisation interne déguisé en défense des textes ? Pourquoi dénoncer aujourd’hui ce qu’il a lui-même validé publiquement quelques jours plus tôt ?
La balle est désormais dans le camp du gouverneur, seul habilité à statuer sur la recevabilité et les suites à donner à cette demande controversée. Port-Gentil observe, et beaucoup attendent de voir si cette initiative isolée d’un élu UDB sera considérée comme une démarche sincère ou comme une tentative politique opportuniste.












