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[Edito] Réformes, patriotisme… et l’incivisme : le grand défi de la 5ᵉ République

Avec l’entrée en vigueur de la 5ᵉ République en avril 2025, marquée par la prestation de serment du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon a amorcé une refondation institutionnelle. Le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a ouvert la voie à ce renouvellement en tant que phase de transition. Puis le Président a pris l’initiative de poser les jalons d’un nouvel élan : réformes de fond, dialogue sur la citoyenneté, appel au patriotisme et à la dignité nationale.

L’effort est réel : un cadre constitutionnel rénové, une ambition affichée de moralisation de la vie publique et un discours national tourné vers le service de la patrie, non simplement vers des intérêts particuliers. Mais à ce jour, cette dynamique institutionnelle rencontre un obstacle majeur : l’incivisme persistant. L’incivisme ne se limite pas à quelques incivilités : il se manifeste dans le non-respect des règles, la corruption, les scandales financiers, le manque de sens du bien commun. Il apparaît comme un frein concret au développement du pays.

Dans les lycées et collèges, nous assistons à une montée des violences scolaires : affrontements, dégradations, injures. Ces actes traduisent bien plus qu’un simple désordre : ils révèlent une carence dans l’éducation à la citoyenneté, un déficit de respect envers l’autre et l’autorité, et un affaiblissement de la culture de responsabilité. Si nos jeunes générations ne comprennent pas que chaque geste compte dans la construction collective, l’effort de réforme se trouvera limité.

Parallèlement, les scandales financiers continuent de surgir : détournements, surfacturations, opacité dans les marchés publics. Ces vieilles habitudes, longtemps dénoncées, semblent refleurir malgré les discours et les structures nouvelles. Elles minent la crédibilité de l’État, affaiblissent la confiance des citoyens et ralentissent l’investissement social et économique. Le Président peut impulser le changement, mais il ne peut pas tout transformer seul. Nombreux sont les domaines où la prise de conscience doit être personnelle : responsabilité, intégrité, respect des règles.

Le patriotisme, que l’État appelle, ne se décrète pas : il se vit dans l’acte individuel, le respect de l’autre, l’engagement pour le bien commun. La 5ᵉ République a dressé la scène, elle a donné les moyens. Mais c’est chaque citoyen qui doit monter sur scène, jouer son rôle. Il appartient à chacun d’accepter que le changement commence par lui-même.

En conclusion : oui, la 5ᵉ République peut être l’outil de transformation réelle. Mais si l’incivisme continue de prospérer, il sabordera la dynamique de développement. Il est temps de passer de l’institutionnel au comportemental, du discours à l’action. Que chacun prenne part à cette révolution de l’éthique. Que la jeunesse soit moteur, que l’adulte soit modèle. L’engagement collectif est indispensable : sans lui, toutes les réformes resteront lettre morte.

 
 

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